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Les images du bandeau représentent : la cathédrale de Bourges, le tympan de Conques, l'abbaye de Chaalis, la Charité-sur-Loire, un chapiteau de Plaimpied-Givaudins.

Esquisse biographique d’Emile Mathieu Mâle (2 juin 1862-6 octobre 1954)

SURVOL DE LA VIE D'EMILE MÂLE

 

Cette esquisse de la vie d’Emile Mâle reprend en grande partie celle qui figure dans l’article « Le patriotisme dans l’œuvre d’Emile Mâle », paru dans « Histoire, Economie et Société », mars 2017, p.106-124). On pourra s’y reporter pour plus de précisions : ICI.

 

Qui est Emile Mâle (1862-1954) ? Les passionnés d’histoire de l’art et les amoureux du patrimoine apprennent encore qu’il fut le chantre de l’art médiéval, le « Champollion des cathédrales » (Germain Bazin), dont les livres ont façonné des générations d’étudiants en histoire de l’art et l’élite intellectuelle d’un temps.

 

Ils ignorent souvent que rien ne le prédestinait à pareille destinée, ses ancêtres étant tous de simples paysans ou mineurs bourbonnais. C’est l’industrialisation et la généralisation de l’instruction, conjuguée à une soif d’apprendre et à une ardeur au travail peu communes, qui lui permettent de se hisser au-dessus de son milieu modeste et de devenir normalien (promotion 1883-86), puis docteur ès-lettres (1899).

 

Le tournant de la thèse (1898)

La publication de sa thèse, L’Art religieux du XIIIe siècle en France…, aboutissement de dix années de recherches, marque un tournant dans la paisible vie de ce professeur de secondaire, âgé déjà de 37 ans : elle lui donne une notoriété durable, aussi bien auprès de ses pairs, conquis par cette vaste synthèse sur l’art gothique servie par une érudition impeccable, que du public cultivé, sensible à la simplicité d’un discours accessible et vivant, et à la poésie du style.

Au point que Mâle se voit confier en 1906 un cours d’histoire de l’art chrétien du Moyen Age à la Sorbonne, créé spécialement pour lui, et qu’il assumera durant 17 ans, jusqu’en 1923.

 

Surtout, cet ouvrage réédité douze fois en près d’un siècle - l’ultime édition, en poche, remonte à 1987 - ne contribua pas peu à ériger les cathédrales en symbole identitaire de la civilisation française : édifiées par d’humbles bâtisseurs de génie, sous la houlette de clercs en charge du programme iconographique, elles reflèteraient le génie national par excellence, fait de mesure et d’équilibre.

Cet art profondément chrétien, digne de rivaliser avec l’art grec, référence suprême des normes esthétiques du temps, aurait connu au XIIIè siècle son apogée et rayonné sur le monde, avant d’être submergé par la puissante vague de sensibilité, charriée aux XIVè et XVè siècles par la spiritualité franciscaine ; spiritualité à la source de laquelle s’abreuvaient l’art italien, déjà influent en France, et les Mystères, à la popularité croissante.

Un art réaliste, où dominent les sentiments et le pathétique succède à l’art idéaliste du XIIIè, qui s’adressait à l’intelligence : c’est l’idée maîtresse développée dans la deuxième étude monumentale de Mâle sur l’art médiéval, parue en 1908, L’Art religieux de la fin du moyen âge en France, fruit d’une dizaine d’années de travail.

 

Dérive partisane pendant la Grande Guerre

La Grande Guerre va bientôt éclater : le thuriféraire de l’art français, habité par l’amour de sa patrie, n’a plus l’âge de prendre les armes. Son tempérament discret et pacifique l’a toujours tenu à distance des engagements partisans aussi bien que de la politique, qui n’éveille guère son intérêt.

Rétrospectivement, on l’imagine aisément se retrancher dans sa tour d’ivoire pour poursuivre ses recherches, laissant les événements suivre leur cours meurtrier, et puisant dans sa connaissance de l’histoire un certain stoïcisme, et dans sa foi chrétienne l’espérance de la victoire.

Il n’en est rien : contre toute attente, Emile Mâle sort de sa réserve coutumière et monte au créneau pour stigmatiser l’ennemi allemand, coupable à ses yeux de crime contre la civilisation, suite au bombardement des cathédrales de Reims et de Soissons, et du château de Coucy (Aisne).

 

Ce sont d’abord des articles vibrant d’émotion et de colère, publiés par la Revue de Paris, pour dénoncer la destruction de ces hauts lieux du patrimoine national : articles au fort retentissement, mais qui auraient pu n’être qu’un « coup de sang », dans un contexte donné, auxquels ils auraient été rattachés une fois pour toutes.

Seulement Mâle va plus loin et entreprend de régler son compte à l’art allemand dans sa globalité pour en dénoncer la stérilité, la lourdeur, le manque d’inventivité : dans une série d’études argumentées, résolument germanophobes, il accuse les Germains de n’avoir rien su créer et de s’être toujours appropriés l’art d’autres peuples, perses, italiens, français…

L’ensemble de ces écrits est ensuite rassemblé en un petit livre rageur et polémique, L’Art allemand et l’art français du moyen âge, sorti des presses en 1917, dont la résonance est indéniable dans la genèse de l’histoire de l’art français, encore balbutiante, et dans l’inconscient collectif des Français.

N’est-ce pas, entre autres, pour récompenser cette victoire culturelle sur l’Allemagne qu’en 1918, l’Institut de France ouvre ses portes au professeur de Sorbonne, en l’élisant à l’Académie des Inscriptions et Belle-Lettres ? On est en droit de le supposer.

 

L’aboutissement d’un cycle sur l’iconographie médiévale

L’année 1922 marque une étape importante dans l’œuvre d’Emile Mâle, puisqu’elle clôt le cycle des vastes synthèses consacrées à l’art médiéval, avec la parution de L’Art religieux du XIIème siècle en France : il a fallu, une fois encore, dix années de recherches et de pérégrinations à l’auteur - en France et à l’étranger - pour accoucher de cette étude, ô combien novatrice pour l’époque, sur les sources de l’iconographie du Moyen Âge.

En s’appuyant sur les découvertes archéologiques les plus récentes, Mâle y démontre les origines orientales de l’art roman, qui serait le fruit « du génie grec et de l’imagination syrienne », en même temps qu’il porterait l’empreinte du renouveau monastique et de la vogue des drames liturgiques et des pèlerinages. L’accueil réservé à cet ouvrage, qui s’inscrit dans un cadre géographique beaucoup plus ample que les précédents, essentiellement consacrés à la France, est une fois de plus chaleureux.

 

De l’art médiéval à l’art baroque

C’est alors qu’Emile Mâle entreprend de s’aventurer hors de son champ d’investigation favori qu’est l’iconographie médiévale et de se pencher sur l’art de la Contre-Réforme, qui ne suscite en ce premier quart du XXè siècle qu’opprobre et railleries.

Un coup de pouce du destin va favoriser cette entreprise audacieuse : sa nomination, en 1923, comme directeur de l’Ecole française de Rome, poste qu’il occupera durant quatorze années, qui vont lui permettre d’arpenter de long en large la ville éternelle, terreau du renouveau artistique des XVIè-XVIIIè siècles.

La dernière grande synthèse de l’historien d’art peut ainsi voir le jour, en 1932, L’Art religieux après le Concile de Trente, histoire de l’iconographie religieuse dans une partie de l’Europe catholique après le schisme luthérien : iconographie engagée qui défend ce que le protestantisme attaque (la Vierge, les saints, la papauté, les sacrements…) et reflète fidèlement la spiritualité de l’époque, avec ses extases et ses appels au martyre.

Ouvrage pionnier et précurseur, ce livre eut moins de retentissement que les précédents, les questions iconographiques et théologiques ayant été reléguées au second plan dans ces années trente.

 

Une retraite très active

Avec ce quatrième volet, Emile Mâle achève, à 70 ans, son panorama de l’iconographie chrétienne du XIIè au XVIIIè siècle : il n’en continue pas moins à travailler ardemment, sort plusieurs ouvrages sur des sujets variés, Rome et ses vieilles églises (1942), La Fin du paganisme en Gaule et les plus vieilles basiliques chrétiennes (1950), les cathédrales de Chartres et d’Albi…, et signe de nombreux articles, préfaces, contributions à des ouvrages.

L’Académie française l’a élu en son sein en 1927 et il est choisi en 1945, par l’Institut de France, comme conservateur du musée Jacquemart-André, à l’abbaye de Chaalis (Oise), où il œuvrera jusqu’à sa mort, le 6 octobre 1954.

 
 
 
 
 
 

DATES-CLES

 

ENFANCE ET ETUDES

 

Sa famille

 

- Grand-père maternel : Pierre Allot (1806-1879), marié en 1830 à Marie-Catherine (1811-1872.)

- Grand-père paternel : Mathieu Mâle (1814-XX), veuf, remarié en 1839.

- Père : Gilbert Mâle (1839-1909).

- Mère : Mélanie Allot (1838-1929).

 

- 2 juin 1862 : naissance à la Bouige, dans le bassin industriel de Montluçon, à Commentry (Allier).

 

- 1875 : déménagement à Monthieux (banlieue de Saint-Etienne).

 

- 1880-2 : préparation à l’Ecole Normale Supérieure à Louis-le-Grand.

 

- 1883-86 : Ecole Normale Supérieure (Ulm).

 

- 1886 : reçu 1er à l’agrégation de lettres classiques.

 

- 1886-1893 : professeur de secondaire en province.

- Saint-Etienne (1886-1889).

- Toulouse (1889-1893). Professeur de rhétorique. Cours complémentaires à la Faculté des Lettres dès 1892.

 

- 1891 : publication de son premier article : « Les arts libéraux dans la statuaire du Moyen Âge ».

Des centaines d’autres suivront.

 

- Paris et région parisienne (1893-1906) : lycée Hoche (Versailles), lycée Louis-le-Grand, lycée Carnot, lycée Lakanal.

UNE THESE AU SUCCES JAMAIS DEMENTI (1906-1923)

 

- 1899 : soutenance de ses thèses, le 1er mars 1899.

- L’Art religieux du XIIIè siècle en France, Étude sur l’iconographie du Moyen Âge et sur ses sources d’inspiration, Paris, E. Leroux, 1898.

- Thèse latine sur les sibylles : l’art Quomodo Sibyllas recentiores artifices repraesentaverint (1)

 

- 1899, décembre : mariage avec Marie-Marguerite Granier (1880-1969).

 

- 1900 : naissance de son fils                (mort en 1976).

 

- 1905-1911 : collaboration à l’Histoire de l’art, sous la direction d’André Michel.

 

LE TEMPS DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR (1906-1923)

 

- 1906 : chargé du nouveau cours d’histoire de l’art chrétien du Moyen Age, à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris-Sorbonne. Il a 40 ans.

 

- 1908 : publication de L’Art religieux de la fin du Moyen Âge en France.

 

- 1912 : nommé à 50 ans titulaire de la chaire d’histoire de l’art de la Sorbonne, créée en 1899.

 

- 1912 : naissance de sa fille                   . (Morte en 2008).

 

- 1917 : publication de L’Art allemand et l’Art français du Moyen Âge.

 

- 1922 : parution de L’Art religieux du XIIè siècle en France.

 

LA PARENTHESE ENCHANTEE DE L’EFR (1923-37)

 

- 1923 : nommé comme directeur de l’Ecole Française de Rome (il a 61 ans).

 

- 1927 : élection à l’Académie française.

 

- 1932 : parution de L’Art religieux après le Concile de Trente.

 

RETRAITE PROFESSIONNELLE ET BOURBONNAISE (1937-45)

 

- 1937 : prend sa retraite à l’âge de 75 ans et rentre à Paris.

 

- 1939-45 : vit en Bourbonnais.

 

- 1942 : parution de Rome et ses vieilles églises.

 

- 1945 : est choisi comme conservateur du musée Jacquemart André, à l’abbaye de Chaalis (Oise).

 

- 1948 : prix Osiris décerné par l’Institut pour l’ensemble de son œuvre.

 

- 1954 : décès à Chaalis. (Site de l'abbaye de Chaalis : ICI.)

 

(1) Comment les artistes modernes représentèrent les Sibylles, Paris, E. Leroux, 1899, 77 p.

 
 
 
 
 
 

PIERRE MÂLE (1900 - 1976)

 Docteur en médecine, psychiatre et psychanalyste, spécialiste de l’enfance et de l’adolescence. Auteur de La psychothérapie de l’adolescent, PUF, 1964, réed. PUF, coll. Quadrige, 1999 et, avec Doumic-Girard, Benhamou et Schott de Psychothérapie du premier âge, PUF, 1975. Ses œuvres complètes en deux tomes ont été publiées chez Payot en 1982 et 1984.

Pour plus d’informations, voir la biographie détaillée de Pierre Mâle par Pierre Bourdier : ICI. 

GILBERTE MÂLE (19 novembre 1912-11 juillet 2008).

Personnalité d’importance dans le domaine de la restauration des peintures.

Elle vécut ses années de jeunesse à Rome où son père avait été nommé, en 1923, directeur de l’École Française au Palais Farnèse. En 1937, la famille Mâle regagna Paris. Gilberte poursuivit à la Sorbonne des études d’histoire de l’art qui la menèrent au Musée du Louvre, où elle fut dès 1950 la collaboratrice de Germain Bazin, conservateur en chef des Peintures et fondateur du service de la Restauration des Musées Nationaux. Elle lui succéda à cette direction jusqu’à sa retraite en 1980.

Ségolène Bergeon Langle fut son successeur à la tête du service de restauration des peintures au Louvre. (2)

 

A sa retraite, elle se consacra avant toute chose à l’œuvre de son père. Elle fit don à l’Institut de France de tous les manuscrits de son père, de sa correspondance avec Proust, ainsi que d’un ensemble de meubles et d’objets d’art qui permît de reconstituer son dernier cadre de vie et de travail à l’abbaye de Chaalis.

 

En 1993, lors de la construction de la nouvelle médiathèque de Commentry, elle offrit à la ville des souvenirs personnels et familiaux de son père, liés à Commentry et Saint-Étienne, ainsi que d’une partie de sa bibliothèque de lecture. Ils constituent le fonds spécial Émile-Mâle accessible aux visiteurs et aux chercheurs.

Enfin, dans ses dernières années, Gilberte Mâle paracheva son œuvre de mémoire en publiant les lettres et les souvenirs de son père : Souvenirs et correspondances de jeunesse : Bourbonnais, Forez, École normale supérieure, voyages, 2001.

 

(2) Gilberte Émile-Mâle, Pour une histoire de la restauration des peintures en France, études réunies par Ségolène Bergeon-Langle, coordination scientifique par Gennaro Toscano, Somogy/éditions d’art, I.N.P., Paris, 2008, 373 pp.